L’Histoire d’une fidèle et longue amitié
Il y a 100 ans le 20 mars 1926, Anatole Le Braz s’éteignait à Menton, région qu’il aima presque autant que la Bretagne. Mais c’est dans le Trégor qu’il naquit et s’épanouit au milieu de ses amis bretons dont Charles le Goffic qui l’entrainera souvent vers la côte et Trégastel.
Il est bon de rappeler cette amitié constructive car Charles Le Goffic ne serait pas Charles Le Goffic si Lebras n’était pas devenu Le Braz.
Leur histoire littéraire et leurs périples a travers la France et la Bretagne sont effectivement étroitement liés.

Elle commence au collège des Ursulines de Lannion où il se croisent pour la première fois mais Anatole a 4 ans de plus que Charles et ne sera élève que de 1870 à 1872, par conséquent leurs souvenirs évoqués plus tard à Paris seront plutôt liés aux professeurs partagés dans le temps.
En 1878, Charles quitte le collège en seconde. Il a juste 15 ans. De son passage au collège, il gardera de nombreuses amitiés dont il partage le souvenir avec Anatole et qu’ils retrouveront souvent dans le monde littéraire comme Yves Le Berthou, Félix Le Dantec, Jean-Marie Courcoux, futur évêque d’Orléans dont la famille sera à la base de l’éclosion de la station balnéaire de Trégastel et que Charles accompagnera un jour lors de son sacre à Notre-Dame de Paris
Après le baccalauréat qu’il passe à 16 ans à Rennes près de son frère Alphonse, Charles qui se prépare désormais au professorat de lettres classiques monte à Paris pour préparer l’École normale supérieure à khâgne du lycée Charlemagne. Il loge à la pension Massin dans le voisinage du lycée. Il retrouve parfois son compatriote Anatole Le Braz, âgé de 4 ans de plus que lui, qui prépare l’agrégation de philosophie. Il demeure près de la Sorbonne dans une chambre d’étudiant qu’il partage avec Nannic un amour de jeunesse de Saint-Michel en Grève que l’anémie rend encore plus belle avec sa coiffe trégorroise.Elle mourra prématurément, prélude d’une longue procession de défunts dans la vie d’Anatole.
La bourse que Charles a obtenu pour ses études est sans doute maigre et les subsides envoyés par sa mère l’inclinent simplement à mener la vie de bohème qui ne déplait pas au jeune poète romantique. Il commence à fréquenter les cafés littéraires et se hasarde à envoyer ses poèmes vers Victor Hugo ou Théodore de Banville. Ce dernier lui répondra et débutera avec lui une longue correspondance.
Charles poursuivra ses études de lettres à Rennes puis à Caen
A cette époque, il n’est plus nécessaire de prendre le bateau pour rejoindre la Normandie depuis le Trégor. Depuis 1881, le train arrive à Lannion, après avoir desservit Plouaret dès 1865.
Charles poursuivra ses études de lettres à Rennes puis à Caen
A cette époque, il n’est plus nécessaire de prendre le bateau pour rejoindre la Normandie depuis le Trégor. Depuis 1881, le train arrive à Lannion, après avoir desservit Plouaret dès 1865.

La gare de Lannion en 1900
Cette nouvelle invention va modifier à la fois les études de Charles, mais aussi sa carrière. Au lieu de cinq jours, une seule journée suffit pour rejoindre sa chère province. Pour les Trégorrois illustres comme Renan et Le Braz ce sera désormais une invitation à proposer aux condisciples parisiens de visiter leur poétique et mystérieuse contrée.
Après Caen il est envoyé à Gap comme professeur de rhétorique en 1883 à 20 ans. Si le lieu est loin d’être inhospitalier, le soleil ne s’y couchant pas sur l’horizon, le jeune poète breton se plaint de cet éloignement maritime et s’échappe plus souvent vers la Provence que vers les Alpes. Il y a aussi une autre raison à ses déplacements vers Arles et la Camargue. N’a-t-il pas fait comme Le Braz la connaissance dans ses libations parisiennes de ses Félibres (bardes provençaux) entourant Frédéric Mistral au sein des réunions de la Cigale. Les Provençaux ont en effet inventé les repas littéraires provinciaux avant les Bretons et les Normands qui créeront la Pomme par la suite. Les Diners celtiques créés en 1879 dans le même esprit autour de Gaidoz et que présidera Renan jusqu’à sa mort seront pour Charles et Anatole l’occasion de bien des rencontres et en particulier de celle de Mistral, de 30 ans leur ainé, mais dont ils suivront l’exemple pour la littérature bretonne.
Mistral à l’époque des Félibres avec Anatole Le Braz et Charles Le Goffic

Le séjour de Charles à Gap sera de courte durée. Arrivé en milieu d’année, on le retrouve à Paris dès la rentrée de 1884 où il a obtenu une bourse d’agrégation pour deux ans. Il y retrouve son compatriote et ami Anatole Le Braz nommé professeur de philosophie à Etampes qui lui propose son appartement Boulevard de Port-Royal. Ils se retrouveront souvent le mercredi soir (l’école faisant congé le jeudi à cette époque) et le samedi soir.
Anatole , de 4 ans son ainé, apportera le soutien émancipateur à Charles, prodigué autrefois par son frère Alphonse qui se joint également à eux de temps à autre en venant de Guingamp où il est avocat. Avec d’autres futurs écrivains comme Emile Le Gouis et Jules Tellier, Le Normand ils terminaient parfois au petit matin leurs longs échanges dont le thème final était toujours la mort. Jules Tellier disparaitra lui-même à 27 ans.
Il y a en effet chez les écrivains de l’époque un rapport profond avec la mort. Les grandes épidémies de choléra, de variole mais aussi la tuberculose endémique sont alors l’environnement quotidien des Trégorrois et en particulier de nos deux auteurs. Anatole Le Braz qui va perdre sa mère à 10 ans rejoint dans la peine, Charles Le Goffic qui a perdu son père à un an. Les frères et sœurs des deux écrivains connaitront également le même destin. En particulier, après le décès de sa compagne trégorroise, Anatole verra disparaître en mer à Port-Blanc en 1901 huit membres de sa famille . En 1891 Charles perdra son frère Alphone puis en 1919 sa fille Hervine, tandis qu’Anatole qui a perdu un fils dans la Guerre deviendra veuf deux fois après son départ aux Etats-Unis.
Anatole qui habitait près de l’église à Ploumilliau avait très tôt était imprégné de l’ambiance funeste de ce lieu où les quatre statues de l’Ankou entouraient le catafalque à chaque enterrement.
Charles et Anatole produiront de ce fait une littérature souvent funèbre, comme le crucifié de Kéraliès ou la légende de la mort. Le premier fut d’ailleurs écrit simultanément par les deux auteurs à partir du crime de Hengoat.
Pour se dédouaner, de la sortie prématurée de son livre, Charles proposera à Alphonse une partie des droits de la pièce à venir comme indiqué dans ce billet de reconnaissance.

Car ce roman aurait pu entrainer une brouille entre La Braz et le Goffic car ce fait divers avait aussi inspiré un roman au premier, il s’appelait le Crucifié. Anatole s’étant un peu égaré entre-temps sur d’autres ouvrages, la parution du Crucifié de Keraliès le prit de court. Sa femme Augustine s’en indigna mais Le Braz refusa de gâcher une amitié vieille de vingt ans par une protestation à postériori.
En 1901 naitra le Syndicat artistique des sites pittoresques de Ploumanach avec comme président Louis Gastine, peintre du site à l’occasion. Il sera suivi en 1909 du Syndicat des plages de Perros-Guirec, Trégastel, Trébeurden et …des eaux minérales de Lannion ; Président Grosperrin, Charles Le Goffic et Léon Durocher en seront les vice-présidents.
Le Braz lui-même, de passage à Trégastel s’émeut de cet accaparement :
« Les rochers de Trégastel vendus à l’adjudication et achetés pour des pleutres qui les cerclent de petites haies, de murets de briques ; qui creusent des trous dans le granit pour en faire des godets à géranium, je n’exagère rien. Il y a cependant une conservation des monuments historiques. Ne sont-elles pas assez historiques ces roches qui datent avant toute histoire, qui sont les premiers monuments de la terre et qui en seront les derniers ? Une législation bien entendue chez le peuple que l’on dit le plus artiste de tous, en interdirait la profanation aux bourgeois ; elle établirait la neutralité de cette zone, en défendrait l’envahissement dans un rayon de quelques kilomètres, deux au moins, à la bande sacrilège de toute beauté, de ces vandales modernes qui sont en train de défigurer le littoral de la France ». Ainsi Le Braz fut l’un des premiers précurseurs de la loi littoral.
« Cette insanité prétentieuse sur le plus bel îlot de l’archipel en miniature de Ploumanach » Le château de Coataéres sera par la suite admise inexorablement dans le paysage et même Charles Le Goffic y placera une partie de son roman Morgane la sirène

En septembre 1898, Charles participe à Tréguier au côté de Le Braz à l’inauguration de la plaque sur la maison de naissance de Renan, aujourd’hui musée Renan.

Devant la maison de Renan, Le Goffic, Le Braz, Morand, Baratou, Maire de Saint-Brieuc(septembre 1898) (de droite à gauche)
Toute cette agitation culturelle et régionaliste et en particulier l’’Association des Bretons de Paris n’est pas étrangère à l’élaboration d’un nouveau mouvement. A l’issue du rendez-vous de Ploujean d’avril 1898 autour de la pièce du Mystère de saint Guénolé, le peintre nantais Maxime Maufra, condisciple à Nantes, qui fera désormais partie du premier cercle des amis de Le Goffic lance un appel pour la constitution d’un groupement régionaliste breton. Le régionalisme intellectuel et artistique clamé en Lorraine par Barrès, en Provence par Mistral, en Normandie par Tellier, en Bresse par Vicaire doit être ce renouveau pour ressusciter la culture française. Le Braz résume cet état d’esprit dans cette ligne de pensée fondatrice du mouvement : L’unité française est à l’heure actuelle indestructible. Dire que nous rêvons d’y porter atteinte est une calomnie et une sottise. Nous songeons à la France et nous ne nous inspirons que de ses intérêts quand nous cherchons en dehors de tout parti pris politique, à refaire une vie régionale en Bretagne.
Cette ébullition littéraire de tradition bretonne, bien que la langue utilisée reste le français aboutit tout naturellement à un mouvement artistique de grande ampleur qui va perdurer au fil des ans. Ce mouvement s’appelle l’Union régionaliste bretonne.

Une association à Morlaix de Charles et Anatole avec Botrel lors de la création de l’URB
Après les fêtes du cinquantenaire de la mort de Chateaubriand en août 1898, l’intelligentsia bretonne se retrouve à Ploujean autour d’une nouvelle représentation du mystère de saint Gwénolé (annexe…) pour lancer l’acte fédérateur de cette union. Anatole Le Braz devient le premier président et Charles se contente d’être le vice-président de la section Histoire et littérature comme Maufra dans la section des Beaux-arts.
Parmi les amis de Charles on trouve aussi Jaffrenou qui est secrétaire de la section littérature bretonne( présidée par François Vallée éminent linguiste) qui composera les paroles de l’hymne Breton Bro kozh ma zhadou sur la musique de l’hymne Gallois de James James. On remarque également une volonté de conserver dans des sections distinctes les apports des deux langues.
En 1899, tout ce beau monde (une vingtaine de personnes) décide de partir pour Cardiff à l’Eisteddfod (rassemblement bardique des nations celtes). Contrairement à ce que l’on pourrait penser, le mouvement bardique n’est relancé en Bretagne que vers les années 60 (1864) quand La Villemarqué auteur de Barzaz Breizh et Charles de Gaulle (l’oncle du Général) décident de se rapprocher des mouvements gallois organisés en Gorsedd (assemblée) destinés à l’étude, à la conservation et au développement des Arts et de la Littérature et des Traditions celtiques.

Charles intronisé à Cardiff
Ce voyage aura des retombées dans son engagement dans le bardisme qui n’est ni un mouvement religieux ni folklorique malgré des rites et des tenues parfois ésotériques et d’un autre âge comme les saies (aubes) blanches, bleues ou vertes des druides, des bardes ou des ovates et la cérémonie du glaive. D’ailleurs Le Braz ne pourra s’empêcher de juger la prestation de l’archidruide Hwfa-Môn : « il ne me parut pas très sûr que les principaux officiants prissent très au sérieux leurs rôles. Il y a dans l’âme galloise un mélange d’ironie paisible et de douce gravité dont, nous Bretons, nous ne saurions déterminer exactement la dose »

Charles Le Goffic recevra le nom de Eostig ar Garantez (le Rossignol d’amour), Le Braz sera Skreo ar mor( la mouette), Jaffrennou , Taldir (front d’acier) et Durocher Kambr o Nikor ( mauvais jeu de mot de chansonnier associant Cambronne et son équivalent breton…)
Parmi les sonneurs de Guingamp qui accompagnaient le groupe au Pays de Galles, certains ont pu apprécier la qualité et la puissance sonore des cornemuses écossaises rencontrées. C’est pourtant à Charles Le Goffic que l’on attribue l’idée de doter les bagadou de la cornemuse à la place du biniou coz au levriard (chalumeau) plus petit et donc plus aigu et utilisés plutôt dans les bals en duo avec la bombarde. De cette époque date le développement des ensembles instrumentaux (bagad et kevrenn) qui atteint son apogée avec la création des festivals et des fêtes interceltiques modernes.
Cette idée de rassemblement annuel sera reprise par Jaffrennou en Bretagne sous le même nom de Gorsedd (assemblée) avec le même cérémonial qu’au pays de Galles. La première aura lieu à Guingamp en 1900. Cette réunion perdurera tous les ans dont parfois à Trégastel, la troisième semaine de juillet en dehors des périodes de guerre.


Ici dans l’Arcoat
Un autre lieu réunira souvent les littéraires de la côte autour d’un Bressan Vicaire, amoureux de la côte sur les traces de Charles et de Barré à La Clarté dans le cabaret du soleil couchant chez la mère Aimée.
Quand Vicaire meurt, Charles a un double objectif, d’abord de se recentrer sur son Trégor et ses amis locaux dont il partage les convictions y compris Anatole Le Braz également perturbé par les ambigüités d’être breton, ensuite d’honorer le souvenir d’un poète qui marqua une partie de sa vie et dont il se sentit responsable de son enracinement breton. Il ne savait pourtant pas que cette célébration des chantres du Trégor allait perdurer jusqu’à aujourd’hui avec le même esprit.

Ce 28 aout 1910 cet amas de rochers plus connu sous le nom (non élucidé) de la Roche des martyrs, appelé par Vicaire, le Rocher de Dante et aujourd’hui souvent, la Roche des poètes, se voit embelli par le médaillon de Vicaire sculpté par Pierre Lenoir.

Le Braz par Beaufils
La mère Aimée fut un instant pressentie pour figurer auprès de Vicaire qui semblait esseulé au fil des années de fidèles commémorations, mais la mort de Le Braz en 1926 emporta ce projet et son médaillon par Armel Beaufils fut apposé dès 1928 et sera rejoint par celui de Charles en 1934 après sa mort.
Luzel à Plouaret
Pour revenir aux inaugurations des années 1900, on retrouve Charles également à Plouaret au monument de Luzel en 1906 auprès d’Anatole.
Mais en 1903, Il sera aussi à Pluzunet sur la tombe de la conteuse Marc’harit Phulup en septembre 1910 entouré de tous ses amis du Parnasse breton cercle.
Ils sont tous là, Madame Mosher, Hernot,Botrel, Even, Durocher, Jaffrenou, Le Braz, Le Goffic


Marguerite Philippe (Marc’harit Phulup) était une chanteuse et une conteuse bretonne de la fin du XIX° siècle. Voici comment la décrit F-M Luzel dans ses Gwerziou (*) Breiz-Izel, en 1874 : « Pèlerine par procuration de son état, elle parcourt constamment la Basse-Bretagne en tous sens, pour se rendre (toujours à pied) aux places dévotes les plus en renom. Partout où elle passe, elle écoute, elle s’enquiert et me rapporte fidèlement toutes les chansons, tous les récits divers, toutes les pratiques superstitieuses et les coutumes qu’elle peut recueillir ou observer dans ses voyages. Sa mémoire est prodigieuse, et je n’exagère rien en portant à deux cents environ le nombre de chants de toutes sortes et à cent cinquante le nombre des contes merveilleux et autres qu’elle connaît. Elle demeure au village de Pont-ann-C’hlan, en Pluzunet. »
Elle était la légende en marche vers l’Histoire.
Tous nos vieux saints la connaissaient : Guévroc, Ildut, Maudez, Efflam, par qui le fourbe est confondu,
Pas un dont elle n’ait révéré l’oratoire.
Un gwerz, là-bas, traînait aux flancs du Ménez-Du,
Dolent comme l’appel d’une âme en Purgatoire,
Et le vivant rouleau de sa souple mémoire
Enregistrait le gwerz aussitôt qu’entendu.
En elle, comme au fond d’une ruche sonore,
S’élaborait le miel d’un sublime folklore :
Mythes et chants s’élevaient d’elle par essaims.
O Marc’harit, témoin suprême du vieil âge,
Avec toi s’est couché sous l’if au noir feuillage
Tout un peuple de dieux, de héros et de saints.
(CLG)

Renan et la déesse Athéna
On remarquera qu’en 1903, malgré le grand attachement de l’écrivain à son maître Renan ,Charles n’assistera pas à Tréguier à l’inauguration de sa statue, compte-tenu du climat d’insurrection créé par le choix sur la place de la Cathédrale de l’emplacement du monument de celui encore considéré par certains comme l’antéchrist. Il ne prendra pas part non plus, pour montrer sa neutralité, à l’érection du calvaire de la réparation sculpté par Yves Hernot pour marquer la volonté des cléricaux d’effacer le sacrilège.
Du fait de ses positions républicaines Anatole sera présent à la première cérémonie et offrira un beau discours en l’honneur de Renan.
Puis il y eut Louise Bellec , l’autre conteuse inspiratrice de nos deux poètes
I
Notre groupe avide de célébrations en été 1912 sur la tombe de Louise Bellec une autre conteuse trégorroise.

Dans ce poème de Charles on retrouve le même engouement pour cette conteuse
Pendant cette période de début de siècle Charles et Anatole participeront ensemble auprès de Grenet à l’élaboration de livret dans la collection Parfum de Bretagne dont un sur TREGASTEL et l’autre sur les Sept Îles

Ces deux chefs de file de la littérature bretonne, aux parcours et aux convictions voisines pendant des années, reprennent bientôt les aspirations confessionnelles et politiques de leur père, l’un, instituteur laïque et républicain, l’autre libraire de tradition chrétienne voire monarchique. Pourtant l’attachement au Trégor des deux écrivains qui ont fait aimer la Bretagne aux Français est si fort qu’il balayera au-delà de la mort tout contentieux réel comme on le verra lors de l’apposition du médaillon de son ami à La Clarté par Le Goffic . Il est certain que les bretonnants retrouveront plus facilement leur langue dans les œuvres de Le Braz, néanmoins contrairement à ce qui a été écrit, il existe quelques poèmes en breton de Charles Le Goffic comme le Grand rocher.
Le 15 septembre, Charles est à Saint Brieuc cette fois pour inaugurer le monument à la gloire de Le Braz réalisé par Armel Beaufils
Le Braz et Marc’harit Phulup

Le 4 octobre 1931, c’était à la municipalité de Trégastel de s’exprimer « en adressant ses plus sincères félicitations à sa nomination à l’Académie française, nomination qui honore beaucoup la commune de Trégastel résidence habituelle de Charles le Goffic »
Même si cette élection vient un peu tard dans sa vie, Charles savoure cette consécration avec reconnaissance. Il faut dire que jamais la Compagnie, comme disent les initiés, ne compta à cette date autant de personnalités reconnues qui traverseront les siècles : Clémenceau, Cambon, Bourget, Bazin, Bergson, Lyautey, Pétain, Foch, Joffre, Jullian, Valéry, Bordeaux, Poincaré, De Régnier et Weygang pour ne citer que les plus prestigieux Et même Barthou lié à l’histoire européenne par sa mort en 1934 lors de l’attentat à Marseille contre Alexandre Ier de Yougoslavie
C’est, bien entendu, avec une grande émotion que Charles Le Goffic reçut ce magnifique symbole et dans son discours de remerciements il ne manqua pas d’évoquer deux grands écrivains bretons qui auraient bien mérité d’entrer à l’Académie : Auguste Brizeux et Anatole Le Braz.
Ceux qui ont essayé d’opposer Charles à Anatole y compris le père de ce dernier l’instituteur de Ploumilliau, sans doute très proche de son fils et craignant que la renommée de Charles ne lui fasse de l’ombre, se sont toujours trompés sur l’amitié à toute épreuve qui unissait les deux hommes. Anatole, décoré de la légion d’honneur en 1890, Charles le fut également en 1900 et souhaita sincèrement retrouver Anatole auprès de lui un jour à l’Académie française. Après la mort de celui-ci en 1926, le futur académicien sera à la tête de toutes les manifestations destinées à rappeler la gloire de Le Braz.
Poème de Charles Le Goffic à Anatole Le Braz


Charles Le Goffic à Run Rouz en Trégastel

Charles académicien en 1931

En 1928 un monument sera érigé à Tréguier dans le bois du poète par Armel Beaufils ( le même qui a sculpté le médaillon de la Roche des poètes à La Clarté ) pour recueillir les cendres d’Anatole Le Braz mort à Menton

En 1932, Le funérailles de Charles Le Goffic auront lieu à Trégastel au départ de Lannion où il est décédé. Il est enterré dans l’enclos de l’église du bourg près de sa fille Hervine et de son épouse Julie dans une tombe dessinée par Bourdelle






