Depuis plus de 5000 ans, nos ancêtres reposaient en paix dans l’allée couverte et le dolmen de Kerguntuil en Trégastel.

Bien sûr en 1939, la largeur du talus à cet endroit a intrigué nos grands-parents qui bientôt sous ce tertre ont découvert cette allée …couverte comme son nom l’indique, faisant de Kerguntuil la Vallée des rois trégastelloise.
Le récit de ces fouilles inopinées vous est offert à la fin de cet article,
Au néolithique, les édiles avaient sans doute choisi de placer leur dernière demeure à cet endroit en faisant même graver au fil des inhumations, sur les orthostates, des cartouches représentant des personnages caricaturés par des seins et des ventres, prouvant déjà la mixité du pouvoir.

Après vérification, en 2026, les derniers travaux agitant la colline ne sont pas des commandes mémorielles des derniers élus, ni des Hamon ou Amon nombreux sur la commune.
Quoi qu’il en soit il semblerait que les bâtisseurs aient oublié de construire les chambres sépulcrales avant de les recouvrir par le tumulus final. Aujourd’hui il semble plus facile de reconstruire une cathédrale que de monter un cairn dans les règles de l’art en prolongeant l’œuvre de nos ancêtres…


Une si jolie allée …recouverte?
La maquette du premier tumulus dans les règles de l’art
Trégastel, cité préhistorique

Au printemps 1939, l’intérêt des fouilles de la Motta à Lannion, avait amené des archéologues hollandais dont Van Giffen, à poursuivre dans le Trégor leurs recherches fructueuses (pendentifs et brassards plaques or de l’âge du bronze). Le Ministère de la culture alors inexistant ne s’occupait pas encore du pillage du patrimoine national, mais c’était sans compter sans la volonté d’irréductibles Trégastellois de vouloir défendre les biens de leur allée couverte de Kerguntuil.
Un document édité par le syndicat d’initiative de l’époque rappelle cette sauvegarde spontanée qui ferait aujourd’hui bondir les chercheurs officiels de l’archéologie préventive mais qui eut, du moins à l’époque, le mérite de préserver le mobilier préhistorique de Trégastel en le conservant sur place jusqu’à aujourd’hui avant que les hollandais ne débarquent…
En ce printemps 1939, c’est toute une population qui se lance dans l’archéologie locale. Louis Even rédacteur régional de l’Ouest-éclair en fait le récit suivant qui donnera de la consistance à la brochure de l’office de tourisme retrouvée par Emmanuel Mazé
La première Journée de fouilles dans l’allée couverte de Kerguntuil
Ainsi que nous l’avons annoncé dans notre numéro du 13, le Conseil municipal et le Syndicat d’initiative de Trégastel, comprenant Je grand intérêt que présentent pour le développement touristique de la commune la mise à jour méthodique et la conservation scrupuleuse des beaux vestiges de son passé plusieurs fois millénaire, s’étaient mis d’accord pour demander officiellement aux propriétaires et fermiers des terrains intéressants l’autorisation d’y entreprendre des fouilles. Cette autorisation leur a été immédiatement et très aimablement accordée par Mme Prat, propriétaire de la ferme de Kerguntuil, et par son fermier, M. Rovach, comme elle l’avait été par M. Audigou propriétaire des terrains du Cosquer.
Faisant preuve, en cette circonstance, d’un bel esprit d’équipe (que l’on pourrait donner en modèle à bien des groupements), les habitants de Trégastel décidèrent de se mettre au travail, groupés en plusieurs escouades destinées à se relayer dans ces durs travaux, bénévolement à la disposition de leurs dirigeants.
Le jeudi ayant été choisi d’un commun accord comme le jour le plus facile, ce fut donc, le 16 mars, à 8 heures, une petite compagnie de véritables sapeurs de génie qui se dirigea, à bord de trois autos et d’une camionnette escortés de nombreux vélos vers Kerguntuil, armée des outils les plus divers. Délaissant le grand dolmen bien connu des touristes, dont nous avons reproduit l’image et qui a déjà été fouillé, les travailleurs s’attaquèrent à l’ « allée couverte », située à la limite du même champ, à une centaine de mètres vers le Sud. Cette « allée couverte » a été utilisée pour former la clôture de ce champ. Elle fait partie d’un talus planté d’ormes; et chacun sait quelle profusion de racines traçantes émet de tous les côtés cette espèce, comme aussi quelle quantité de rejets qui deviennent à leur tour des arbres, poussent sur ces racines. Sapeurs-bêcheurs et sapeurs armés de faucilles et de haches durent donc entrer d’entrer en action pour déblayer les côtés de l’allée couverte.
Les travaux étaient dirigés par M. Aubert, en sa double qualité de représentant du Conseil municipal et d’ancien entrepreneur de travaux publics, assisté de M. Maxime Gourhand, président du Syndicat d’initiative.
Une fois dégagée dans ces grandes lignes, l’allée couverte apparut intacte dans sa plus grande partie. Certains blocs latéraux, cependant, ayant subi des déplacements soit par affaissement du sous-sol, soit par déplacements volontaires au moment de la construction des talus, il fut décidé de procéder avant toute fouille, à une remise en place et à une reconsolidation générale. Cette opération aura eu pour résultat immédiat de rendre le travail des fouilleurs sans danger. Elle en aura un second, des plus importants : ce sera de présenter à nos visiteurs étrangers une reconstitution mégalithique scrupuleusement faite et à peu près unique dans notre département, où le seul autre spécimen d’allée couverte se trouve à Trébrivan, près de Maël-Carhaix.
Méthodiquement poursuivi toute la matinée, le travail put être accéléré dans l’après-midi grâce au matériel et au personnel aussi dévoué qu’expérimenté, mis à la disposition des autorités, par M. Daniel Rivoallan, directeur-propriétaire des Carrières des Traouiero.
Parmi les personnalités présentes et les escouades d’aides bénévoles nous avons noté MM. Daniel Rivoallan, David, Gloaguen, Boudot, Eugène Vallée, Blévennec, Perrin, père et fils, Le Roux, hôteliers ou commerçants à Trégastel-Plage, Le Saux et, Richard, hôteliers au bourg de Trégastel (où ce dernier est en même temps notre dévoué dépositaire) Audigou, boucher (qui a fait don au futur musée d’une belle hache en pierre polie trouvée sur un de ses terrains au Cosquer) ; Riou et Béchec, instituteurs, Fustec, secrétaire de mairie; Le Gall, Arsène, Campion, etc..La fouille proprement dite de l’allée couverte, à l’intérieur n’a pu être que légèrement entamée à cause de tous ces obligatoires travaux préparatoires. Elle a cependant permis de ramener au jour, quelques pièces classiques, que l’on trouve dans toutes ces sépultures préhistoriques et qui, au fur et à mesure de leur découverte, attendue par les chercheurs et par les curieux avec l’impatience que l’on devine, ont été accueillies avec le plus vif intérêt.
On a ainsi trouvé une nouvelle hache en pierre polie, un formoir de potier, une pierre percée (pièce presque intacte et très rare), un goulot d’amphore et nombreux débris, nettement reconnaissables, d’urnes funéraires, des pièces de dallage complètes, des morceaux de briques, enfin quelques traces de bronze et de minerai de fer.
Les fouilles dont l’intérêt ne peut aller qu’en augmentant à mesure que l’on avancera dans les deux sens, vers l’Est et vers l’Ouest, sous les parois non encore explorées de l’allée couverte reprendront dans la matinée du jeudi, 23 courant-
La seconde journée de fouilles donne des résultats magnifiques
Nous disions, en conclusion de notre article du 20 mars sur la première journée de fouilles dans l’allée couverte de Kerguntuil que l’intérêt de ces fouilles ne pouvait aller qu’en augmentant à mesure que l’on avancerait dans les deux sens, vers l’Est vers l’Ouest, sous les parois non encore explorées. Cette prévision s’est heureusement réalisée. Et la seconde journée de travail du 23 mars a donné des résultats magnifiques, dépassant de beaucoup toutes les espérances. D’ores et déjà, on peut dire que le Musée préhistorique de Trégastel est constitué, avec cet avantage sur beaucoup d’autres qu’il ne contiendra que des objets trouvés dans la région et que les fervents de cette science jusqu’ici trop souvent conjecturale pourront aller sur place se rendre compte du cadre dans lequel ces objets ont été trouvés.
La plupart des mêmes travailleurs bénévoles et dévoués qui avaient apporté leur concours au dégagement général du 16 mars se trouvèrent de nouveau le 23, dès 8 heures, dans la tranchée.
Parmi eux, nous nous excusons d’avoir omis de nommer MM. Raymond Le Goff et Camille Patoiseau, constamment au premier rang. MM. Legrand, jardinier ; Gourhant, garde champêtre ; Pierre Le Guern, étaient venus grossir les rangs des travailleurs. Comme le premier jour, M. Daniel Rivoallan, directeur des Carrières des Traouiéro, avait mis à la disposition des chercheurs un matériel précieux servi par deux de ses ouvriers spécialisés. M. Aubert, conseiller municipal, ancien entrepreneur de travaux publics, dirigeait la manœuvre. Etaient également présents : MM. Maxime Gourhand, président du Syndicat d’initiative, directeur de l’Ecole; Riou, son adjoint; Fustec, secrétaire de mairie.
Le premier but à atteindre était de relever deux des blocs, constituant la paroi latérale médiane de l’allée couverte, du coté nord. Ces deux blocs avaient glissé dans la terre argileuse sous le poids de l’énorme bloc de couverture et recouvraient de leur masse le tiers du terrain à fouiller. Lorsqu’ils eurent été mis debout, on s’aperçut avec un vif intérêt qu’ils portaient sur leur face inférieure une suite de figures, sculptées en relief dans le granite. C’était une bande préalablement polie de groupes de gros boutons jumelés, séparés par un léger intervalle. Il y avait six groupes sur une des dalles, deux seulement sur la seconde, en commençant par son rebord est et semblant donc continuer les six autres groupes. L’interprétation logique de ces signes paraissait être qu’on se trouvait en présence d’une énumération et que, par conséquent, un certain nombre de guerriers devait être inhumés sous cette allée, les inhumations s’étant échelonnées sur une longue période.
La découverte d’un double dallage, lorsqu’on entreprit de creuser le sol, vint bientôt étayer cette hypothèse que ne fit que confirmer la facture de la qualité des poteries découvertes. Celles qui furent découvertes au niveau du premier dallage étaient malheureusement toutes brisées, probablement par la chute des parois. Plusieurs offrent cependant des fragments importants qui permettent de reconnaître leurs formes et leurs dimensions. De celles-ci, et aussi de la cuisson subie par leur terre, il est permis de conclure nettement qu’elles ont été faites au tour de potier. Il n’en est pas de même de deux urnes funéraires trouvées intactes au niveau du second dallage. La plus grande mesure dix-neuf centimètres de hauteur, la plus petite quinze centimètres. Ici, nous sommes en présence de poteries beaucoup plus anciennes, faites à la main, d’une pâte plus grossière et d’une cuisson plus sommaire, par conséquent d’une fragilité beaucoup plus grande. Autour de ces deux belles pièces, ont été trouvées dans l’après-midi du 23 cinq haches polies, de taille et de composition diverses. Il y en a deux en diorite, une en diabase, une en aplite et une –la plus petite et la plus jolie- un vrai bijou en silex. On a également trouvé une belle pointe de flèche taillée dans le même silex de qualité parfaite, dite du grand Pressigny.

Vases trouvés au niveau inférieur, preuve de leur ancienneté.
Ce document appelle quelques remarques :
D’abord il montre la volonté de toute une population aux professions les plus variées de s’investir dans la défense d’un patrimoine, chose parfaitement légale avant les lois de Vichy de 1941 sur le droit de fouilles.
Ensuite il démontre les connaissances déjà rigoureuses de l’équipe de chercheurs. Il est bon à cet égard de rappeler la présentation du livret par Maxime Gourhand lui-même, Président du Syndicat d’initiative mais aussi directeur de l’Ecole. Il sera également le maire de Trégastel de 1947 à 1953 :
Introduction de Maxime Gourhand
Ce n’est point dans le dessein d’ajouter une publication nouvelle à celles déjà éditées par le Syndicat d’initiative que nous avons décidé l’impression de ce modeste opuscule, mais plutôt par le désir de renseigner exactement le touriste ou le curieux sur l’origine de nos recherches, les difficultés rencontrées, les résultats déjà obtenus et qui justifient pleinement cette appellation : Trégastel, cité préhistorique. La découverte d’éclats en silex, de pointes de lances ébréchées, de débris de poterie gallo-romaine, n’avait pas manqué d’éveiller l’attention de ceux qui s’intéressent au plus lointain passé. Toutes ces petites trouvailles indiquaient que ce sol possédait une vieille, très vieille histoire. On savait encore que des Hollandais, en villégiature à Trégastel, avaient acquis, il y a de cela huit ou neuf ans un beau vase trouvé dans les terres de Kerguntuil. Aucune tentative sérieuse n’avait cependant été entreprise pour arracher à cette terre les instruments des hommes primitifs et qui leur servirent d’armes ou d’outils.
Mandé par M. Vallée, qui soupçonnait l’importance exceptionnelle de Trégastel au point de vue de la préhistoire) M. A Rouault, archéologue distingué, vint à plusieurs reprises procéder à des investigations sur l’étendue de notre territoire. La configuration des lieux, quelques menues découvertes, d’une part, la présence de monuments mégalithiques, d’autre part, permirent à M. Rouault de conclure nettement à la nécessité d’entreprendre des fouilles qui mettraient à j0ur les témoins du passé. L’heureuse trouvaille faite par M. Audigou d’une hache dans une lande de Cosquer et l’annonce de la prochaine venue des Hollandais (les mêmes qui avaient acquis une urne) décidèrent le Syndicat d’initiative et la municipalité à entreprendre sans tarder les explorations nécessaires sous ce qu’on appelait un peu pompeusement « l’allée couverte de Kerguntuil », mais qui n’était, en réalité, qu’un talus planté d’arbres dans lequel on distinguait simplement deux tables et quelques supports de dolmens.
Et c’est le jeudi 16 mars 1939, après avoir obtenu du propriétaire et du fermier les autorisations indispensables que les travaux commencèrent avec l’aide bénévole d’une partie de la population, Ce que furent ces travaux ? Pour s’en rendre compte, il suffit de lire les articles documentaires de M. Louis Even, que nous reproduisons avec sa bienveillante autorisation.
Les résultats de nos efforts communs sont là, fort encourageants : six vitrines d’armes préhistoriques ou de poteries sont exposées au bureau du Syndicat d’initiative. L’allée couverte de Kerguntuil, telle qu’elle devait être primitivement, est reconstituées grâce au précieux matériel et aux ouvriers spécialistes, prêtés par M. Rivoallan, directeur des Carrières des Traouiero. Cette allée se composant de quatre dolmens, d’une longueur totale de neuf mètres cinquante, est à coup sûr, l’un des plus beaux monuments mégalithiques des Côtes du Nord
M. GOURHAND,
Président du Syndicat d’initiative.
Les derniers objets sauvés de ces fouilles sont exposés dans une vitrine en mairie.

