Cet article a été réalisé grâce aux documents photographiques d’André Le Person, Marc Delestre ,Danièle Caron, les familles , Courcoux ,Le Goffic, Le Doaré et Loyau
En ce jour de la 53ème édition des 24 heures de la voile il est bon d’ouvrir cette nouvelle page de l’histoire de Trégastel: L’arrivée du tourisme

Elle commence naturellement avec l’arrivée du train à Plouaret en 1865.
Paris n’est plus qu’à une journée du Trégor au lieu de cinq jours de diligence.
Ce moyen de transport n’est pas encore à la portée de toutes les bourses et les premiers estivants seront plutôt bien nantis. Réservée à encore moins de privilégiés, l’automobile ne viendra que plus tard. Quelques dizaines de voitures sont signalées dans le Trégor avant 1914.



Cette photo colorisé de Trégastel-Ploumanac’h prise des rochers de Saint-Yves à Trégastel à la fin du XIXème siècle nous montre combien l’aspect particulier de notre côte pouvait évoquer un voyage vers une autre planète pour les premiers visiteurs qui l’abordent en venant de la terre. En 1847, Flaubert et Du Camp lors de leur voyage en Bretagne parle d’un pays juxtaposé, un pays primitif où il faut avoir recours à des guides et des interprètes, où les étrangers avant de devenir des touristes sont regardés comme des individus curieux et suspects.
L’arrivée du train à Lannion (1881) et à Perros-Guirec (1906) accélère en quelques années la transformation du pays qui découvre une nouvelle économie : le tourisme.


A Trégastel, ce sont les Sœurs de la communauté des Saints Cœurs de Jésus et de Marie (communauté fondée en 1827 par Amélie Fristel, native de Saint-Malo) qui confortées par leur expérience à Saint-Quay Portrieux se lancent en 1883 dans un projet identique d’établissement balnéaire destiné à la villégiature d’ecclésiastiques mais aussi à l’éducation des jeunes filles de bonnes familles de la région ouest.



L’une des 80 chambre du Castel Sainte-Anne

Trégastel vers 1880 par Théophile Salaün
Les premières constructions balnéaires de gauche à droite:Ker meur de Courcoux, kermamgoz de Pitet, le castel Sainte-Anne, Ty Ruz de barré

Devant la maison au toit rouge de Barré on trouve la première paillote LE CHAT NOIR Chez Zules

Une des premières photos du Coz porz avec le castel Sainte-Anne, ty Ruz et à droite chez Zules et la première cabine de bain du Castel Sainte-Anne
Le premier restaurant s’appelait le Chat noir tenu par Zules dans les années 1890 sous l’emplacement du futur Hôtel de la mer, alors que le Beau-séjour n’était encore qu’une maison particulière.
Les nouveaux estivants, d’abord logés dans les premiers hôtels et pensions de famille, attirés par ce paysage exceptionnel encore vierge, vont cependant bientôt se lancer dans des constructions totalement démesurées par rapport au bâti traditionnel.
L’architecte Paul Courcoux qui suit les travaux en profite pour construire Roch Meur au pied du Castel. Ce sera le début d’une éclosion de constructions généralement de grande taille et de belle facture souvent inspirées de la mode néogothique venue d’Angleterre où la grande bourgeoisie se plait à imiter la noblesse moyenâgeuse.

L’apogée de cette mode sera réalisé sur l’îlot désert de Costaeres par Bruno Abakanovicz en 1896 en Trégastel

Karreg Toul de Monsieur Gadala (vers 1903)

Roch meur de M. Courcoux (vers 1890)

Run rouz acheté par Charles Le Goffic vers 1886

Coz-castel de M. Rorthays (vers 1905)

Kerninoch de M. Durocher (vers 1900)

Ker arVir de M.Vibert (vers 1900)

Mon repos de M.Lamour (vers 1895)
Aujourd’hui Kerean

Ker Dahut de M. De Penanster vers 1905

Le Grand Roc de M.de Gastynes (1905)

Ker mam goz de M.Pitet

Les Roches de M. Queffelou
achetées par le Docteur Bouquet,

Ker Caouet de Monsieur Loyau vers 1905

Villa Breizh Izel de Mr Lot

Ker Od Line du Général Guerrier (peinte par lui-même)
A partir de 1890, Les abords des plages jusqu’alors déserts vont commencer une mutation qui perdurera jusqu’au XXIème siècle.


Le Coz-pors vers 1890 et photographié en 1919
LES HOTELS

Les hôtels au début du XXème siècle

Hôtel de la mer de M. Berthet et le Beau-séjour de M. Broudic en premier plan vers 1905

Hôtel de la grève Blanche
Hôtel Broudic

L’Hôtel Broudic vers 1920

Hôtel des bains de Mme Siffre

Pension Marie Louise

Il faudra attendre les années 20 pour voir l’état des revêtements routiers s’améliorer et les véhicules à moteur apparaître à Trégastel et engendrer la construction de nouveaux hôtels. Néanmoins le tar macadam (du nom de son inventeur) n’arrivera que vers les années 30, on l’appellera alors bitume, goudron ou tarmac

L’arrivée des premiers autocars à Trégastel après la première Guerre
On nous écrit :
Monsieur le Directeur,
La presse ne semble pas avoir été informée des améliorations, dont l’une sensationnelle, qui viennent d’être réalisées à Trégastel (Côtes-du-Nord).
De fait, la création de cabines dernier cri, avec promenoirs, w.-c. à l’anglaise, etc., a été une innovation très appréciée. Et ce n’est qu’un début.
Cependant, on peut dès maintenant prédire que Trégastel va pouvoir enfin se classer au nombre des stations climatiques de premier ordre.
En effet, Trégastel vient d’être relié à la gare de Lannion par un chemin de grande communication goudronné qui permet aux autocars de faire le trajet en 15 minutes.
D’autres chemins ont été construits de telle sorte que les perspectives d’avenir de ce très joli pays se sont très heureusement améliorées.
L’Ouest-Eclair, qui jadis avait ouvert une rubrique « des Plages » fort goûtée des touristes, se devait de signaler ces transformations à ses lecteurs.
UN TOURISTE 1934 Ouest Eclair 2 septembre 1934
En 1936, les congés payés vont apporter une nouvelle clientèle de baigneurs désormais appelés touristes puis estivants. C’est l’époque de l’éclosion des pensions de famille, moins onéreuses que les hôtels et également du logement chez l’habitant.
Cette mixité durant les mois d’été, souvent conjuguée à un rituel partage au fur et à mesure des années, entrainera une fidélisation de la clientèle estivale aux lieux mais aussi aux personnes. De nombreuses familles deviendront ainsi Trégastelloises par les étés partagés…De voyageurs, ils deviendront estivants, puis résidents secondaires. Attachés définitivement à Trégastel, ils y construisent leur propre villa et beaucoup d’entre eux finiront par y prendre leur retraite, quelques années plus tard.
Hôtel d’Armoric de Mr Aubert vers 1928 et après-guerre ci-dessous


Hôtel Belle-vue de M. Le Dauphin

Hôtel de la Corniche de M. Collet

L’Hôtel Quo vadis de M. Le Guillouzer et le Lutécia devenu le Toucouleur (cette très ancienne famille de Trégastel sera à la base de son développement touristique !)

L’Hôtel Beau-site de Mademoiselle Mangard (La famille Mangard contribuera fortement à l’accueil touristique à Trégastel)

Le Homard bleu
Un restaurant-hôtel de la famille Lefèvre ouvert juste avant la deuxième Guerre aura un destin particulier, il s’agit du Homard bleu qui aura une deuxième vie en tant que Mairie de Trégastel dès les années 50 pendant plus de 50 ans.
Zantic , l’ermite de l’ïle au lapins s’appelait en fait Alexandre Lefèvre.Son histoire fera bientôt l’objet d’un article.
Bientôt, devant l’afflux d’estivants, ces lieux d’hébergement débordent vers les gites privés, lançant le phénomène de ce qui deviendra la location saisonnière. D’abord en partageant quelques chambres, certains Trégastellois découvriront rapidement tout l’avantage financier que peuvent apporter les touristes. Bientôt ils abandonneront parfois la maison principale pour un logis plus modeste, les quelques mois d’été.

Le tourisme entraine l’extension de nombreux métiers dont les laveuses (le Castel Sainte-Anne a 80 chambres!)
Les Fondations
La Fondation Foucher de Careil
Dans les lieux fondateurs de cette période, il ne faut pas oublier deux bâtiments conséquents destinés aux soins particuliers de malades ou d’indigents. Il s’agit de la fondation Foucher de Careil et de l’institution des Sœurs de Bon –Sauveur de Bégard.

La fondation Foucher de Careil a été léguée à la commune de Trégastel en 1898 par la veuve de l’ancien préfet des Côtes du Nord et ambassadeur à Vienne en tant que sanatorium pour les enfants et les vieux marins indigents de la Côte sur les lieux même où les moines de Bégard bâtirent un Palacret avec le mêmes souci sanitaire vers 1200 dans le quartier qui porte ce nom. Aujourd’hui la résidence privée Saint-Vincent rappelle cette mission longtemps remplie par les Sœurs de Saint-Vincent de Paul. Une plage alors déserte était réservée aux enfants souvent de faible constitution ou tuberculeux, c’est la Grève blanche.

Les pensionnaires de la fondation Foucher de Careil sur la grève blanche. Au fond le terrain de Huon de Pénanster planté de résineux vers 1900.
Les garçons étaient habillés en bleu et les fillettes en rose d’où le nom de crevettes qui ont fait le bonheur des peintres comme Maurice Denis en 1913

La fondation des Sœurs du Bon-Sauveur à la Grève Blanche
L’autre établissement a une histoire similaire. Il s’agit d’un bâtiment construit à l’origine vers 1890 par Alexis Chareton pour sa nombreuse famille et un personnel pléthorique.

En 1900, les sœurs du Bon–Sauveur de Bégard rachèteront les bâtiments de la Grève Blanche à la famille Chareton pour en faire une annexe de Bégard lors d’une vente aux enchères par licitation. En 1857, les Sœurs du Bon-Sauveur, communauté créée à Caen en 1732, s’étaient installées à Bégard. Leur vocation première qui était de s’occuper des femmes abandonnées ou désœuvrées, évoluera au XIXème siècle vers la psychiatrie. Pour la petite histoire, ce bâtiment était alors de couleur rose. Il a gardé une fonction annexe de villégiature pour les ecclésiastiques jusqu’à aujourd’hui.

Kerrig An od, derrière les premières cabines du Castel Sainte-Anne
Alexis Chareton avait aussi construit une maison supplémentaire pour la location saisonnière débutante, Kerig an aod. L’un des premiers locataires de Kerig an aod fut sans doute Auguste Pavie, un Dinanais qui passait ses vacances à Trégastel entre deux missions en Extrême-Orient. Il fut l’un des fondateurs de l’Indochine française et entretint des bons rapports avec le roi du Siam, Rama V. Conscient de l’omniprésence de la Grande-Bretagne dans les relations avec ce pays, il parvint à convaincre le Roi d’envoyer l’un de ses 72 fils, Charafa-Maha en études à Londres, passer ses vacances à Trégastel pour mieux connaître la France et la Bretagne. Le Prince vint donc dans cette location en 1895 avec trois de ses frères et une suite nombreuse. Le fils de Pavie, Paul-Auguste naîtra à Trégastel en 1898.
Ces deux fondations et les premiers hôtels joueront un rôle important pendant la guerre de 14-18 en hébergeant les prisonniers allemands (Bon sauveur) mais surtout en devenant des hôpitaux complémentaires (voir article)

Dans les capacités d’accueil de Trégastel au XIXème siècle, on constate la forte prédominance des établissements tenus par des religieuses (quatre communautés). La station balnéaire de Trégastel gardera longtemps un certain style ecclésiastique amenant sur les plages, soutanes et cornettes qui laisseront le nom de grève des curés à l’une d’entre elles.

La grève dite des curés

l’arrivée des automobiles vers 1930

La jeunesse commencent à se mélanger, mais les tenues trahissent les touristes

Les bikinis ne sont pas encore là en1930
Cette période heureuse se terminera à Trégastel le 19 juin 1940 par une nouvelle guerre qui entrainera l’arrêt brutal du tourisme et une occupation insoutenable qui durera quatre ans .




Toul Bihan devient une carrière de sable pour créer l’aérodrome de Lannion
En 1945 sur les débris de l’occupation, le tourisme reprendra ses droits et cette carrière deviendra le premier camping municipal



Comme à la Grève blanche et à Poul Palud (avec des tentes canadiennes)

Dans les années 50 la bonne auberge de M. Lamboley sur la corniche
Après les années 60, le coût de la main d’œuvre amènera bientôt la fermetures des pensions de famille et la réhabilitation en appartements des hôtels, tandis que les maisons secondaires connaîtront un boom jusqu’à aujourd’hui.
Étrangement ce sont les premiers hôtels construits qui traverseront le mieux les siècles.

Hôtel Broudic fin du XXème siècle

Castel Sainte-Anne (Belambra aujourd’hui)
Trégastel se dotera également d’une Thalasso pour entrer dans le XXIème siècle et créera dès 1973 un évènement unique en France balnéaire les 24h heures de voile sur dériveurs 420





