HISTOIRE DE TREGASTEL

  1. Les origines

 Il serait irréaliste de rechercher les lieux fondateurs de Trégastel sans évoquer le granit et la mer qui ont façonné ses paysages puis ses habitants en leur donnant cette constitution particulière.

 Sans entrer dans une géologie complexe qui a valu à la région de nombreux ouvrages, on peut résumer la création de la côte de Granit rose en quelques lignes.

Il y a deux milliards d’années, alors que le massif armoricain se situe vers l’équateur dans un continent unique appele Pangée, une première chaine de montagne disloque la croute terrestre. Ce gneiss très ancien se voit encore vers le Ranolien et la pointe de Bihit et porz mabo à Trébeurden

Il y a 600 millions d’années, une poussée magmatique de granit sombre vient soulever ces roches plus anciennes sans arriver à l’éruption de surface. Cette masse de 8 km de rayon de Perros-Guirec à Trébeurden en s’étendant en mer vers les Triagoz actuel, a poussé le relief la surplombant vers une altitude de 6000 mètres. Trois cents millions d’années plus tard une deuxième poussée au centre de la première a diversifié les caractéristiques géologiques de la région en apportant des variétés de rosé et de beige, au grain variable en fonction de son refroidissement. (Il est d’usage d’écrire ainsi granite quand il s’agit du minéral).

   Une troisième inclusion, au grain encore plus fin et tournant sur le gris (granit de l’Île grande) complètera la palette des granites. Ainsi Trégastel proche du centre des inclusions bénéficie de la palette la plus colorée avec plus de dix granites différents. Cette présence de ces pierres rares aura un impact économique sur la vie des Trégastellois puis tardivement pour aboutir au tourisme du fait de la particularité de ses paysages.

LES ROCHES DE LA COTE

     Ainsi pendant 600 millions d’années l’érosion éolienne et maritime arasera ce massif pour faire naître la Côte de granit rose ; car pour ajouter un charme supplémentaire à ce bienfait des dieux, la mer s’est invitée en toile de fond.

Pendant toute cette période la Pangée qui va se scinder et suivre la dérive des continents pour constituer le monde que nous connaissons aujourd’hui, mais qui sera souvent modifié par la montée ou le recul des eaux suivant le réchauffement de la planète.

a002.jpg  D’abord, il y a 100 millions d’année une période plus chaude a entrainé la fonte de la plupart des glaciers entrainant une montée des eaux record de 5 à 6 mètres au dessus du niveau actuel. Les glaciations successives ont entrainé un recul des mers suivi par un reflux selon un cycle global de 20 000 ans environ. Ainsi la fin de la glaciation de Würm correspond à la remontée inéluctable que nous connaissons aujourd’hui sur notre côte d’une façon plus ou moins régulière  depuis 20 000 ans ( en dehors des catastrophes naturelles comme des raz de marée ou des ouragans qui ont entrainé de brusques gradients de 5 à 6 mètres momentanés au lieu des 0,5 à 1 cm par an). Pour comprendre l’implantation des hommes à Trégastel, il faut donc prendre en compte le fait qu’il y a 6000 ans environ, le niveau des hautes mers était en dessous du niveau des basses mers aujourd’hui où le marnage de Trégastel atteint 10 mètres par grande a001b.JPGmarée.

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                                La mer à Trégastel, il y a 120 000 ans         

     Cependant les glaciations n’auront pas que des effets négatifs sur le devenir de Trégastel, car les vents violents venant des glaciers du Devon vers les zones plus chaudes amèneront des dépôts de lœss qui enrichiront les terres agricoles du Trégor et du Léon.

                                       Les traces géologiques antérieures

Plage des Curé, sur ces blocs côtiers on remarque le niveau oblique des couches de lœss apportées par le vent (-30 000à-20 000) puis emportées par la mer

 (- 10 000 à aujourd’hui) et le niveau marin horizontal, il y a 140 000ans.

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                              La micro-falaise dans la baie de Kerlavos (avec sa couche de loess)

   Dans la baie de Kerlavos la couche de lœss est bien présente au dessus de l’arène granitique initiale surplombée par le perré de décomposition. Entre le perré et le lœss on note une mini plage de micro-galets éclatés par le gel qui suivit, vestige d’une montée ancienne des eaux (-50 000 ?)

   L’archéologue Michel Le Goffic, héritier de Charles fut l’un des premiers à admettre  que les éclats de silex  trouvés à Ploumanac’h se trouvaient dans les strates du paléolithique supérieur, c’est à dire vieilles de plus de     100 000 ans  et par conséquent façonnés par l’homme de Néanderthal et datant donc de l’Eémien, période interglaciaire qui a précédé la dernière glaciation de Weischel (ou de Würm pour les régions  alpines). Sur le rivage de la côte de granit rose nous continuons à trouver des silex taillés que l’on peut dater de cette époque pré-glaçiaire, jusque vers -40 000. Il a notamment été trouvé, près du Squével, un beau racloir à retouches qui est daté entre -50 000 ans

Avec le refroidissement de cette dernière glaciation ces peuples pourtant en voie de sédentarisation ont sans doute migré vers le sud. D’ailleurs les Néanderthaliens commencent également en général à se faire rares avec le changement de climat.

Les contours de la côte il y a 20 000 ans pendant la dernière glaciation

L’Homo sapiens le remplaçant petit à petit en Europe, ce qui n’exclut pas, des rencontres voire des croisements.

Il faudra attendre le réchauffement vers l’an 10 000 avant notre ère retrouver un peuplement plus substantiel d’une évolution des hominidés, l’homo sapiens qui termine ainsi vers l’ouest leur transhumance débuté sans doute en Asie mineure. Nous entrons dans le mésolithique où la taille du silex rapporté de la Manche à l’air libre pendant des millénaires est la principale industrie de la côte. Les objets grossiers sont alors accompagnés par des microlithes, petites pointes plus élaborées. Les galets de granit éclatés par le gel, plus grossiers mais plus solides font également concurrence aux silex comme grattoirs ou percuteurs.

Silex taillé de l’ïle Renote ( vers 30000 ans avant jc)

Nous en trouvons principalement à l’île Renote. Cette île alors rattachée à Ploumanac’h à marée basse a des rives abritées au sud. Cette baie de Sainte-Anne ainsi plaine alluviale plantée de petits chênes sera un lieu idéal de vie qui perdurera jusqu’à aujourd’hui A l’issue de la dernière glaciation de Weischel, (ou Wurm) la mer commence une montée plus ou moins régulière de 130 m en 18000 ans.

   Le froid est encore vif et la mer vers les Îles Scilly : aucun avantage alors à se rapprocher de la mer. Il faudra attendre 6500 ans avant notre ère pour que les conditions climatiques attirent l’homme vers les rivages du nord en profitant de ce réchauffement de courte durée (300 ans d’après les experts ensuite on assistera à des variations de siècles en siècles mais généralement vers les températures que nous connaissons aujourd’hui).

  Ainsi, il y a -6500 ans, la mer est revenue vers notre côte après la fonte des premières glaces exactement au pied des Sept îles. C’est là que naturellement nous chercherons les premiers peuplements de nos ancêtres chasseurs, cueilleurs, pêcheurs et bientôt cultivateurs en voulant joindre l’utile à l’agréable en découvrant la gastronomie locale variée.

Le massif des sept îles au milieu d’une forêt marécageuse sortant du dégel offre sans doute un point de repère pour les nouveaux arrivants venant du sud et de l’est ; Le nom celte qui est resté à l’Ile au Moine, Talvern, le front du marais évoque bien cette cassure dans le paysage, sorte de refuge au dessus des bois marécageux.

L’absence de silex dans notre région n’a pas permis à ces ateliers d’exister sur place comme le long de la Manche ; pourtant des noyaux ramenés d’ailleurs sont les témoins des premières communautés d’artisans. Mais c’est la conservation funéraire qui nous permet aujourd’hui de certifier une présence humaine aux Sept Îles grâce à la tombe de l’Île Bono vers -5000 AvantJC.

  On peut penser que l’Île plate était un généreux garde-manger. Il était alors facile d’élaborer des pêcheries sans avoir l’aval du seigneur comme on le verra plus tard. Du côté terre une forêt de petits chênes abritaient sangliers et cervidés. Les pointes de flèches en silex trouvées se réfèrent à l’arc mais aussi au javelot. Bientôt ils planteront des graines, puisque sédentaires ils ont le temps de voir germer les récoltes. Cette tombe prouve la présence de l’occupation durable d’une tribu, sans doute une vingtaine d’individus.

   La présence d’une forêt de chênes renversés par un raz de marée en -2300 (avérée en 2015 par carbone 14 dans la baie de Kerlavos en Trégastel, laisse penser que des radeaux puis des navires verront aussi le jour dans cet univers marin surtout lorsque des siècles plus tard la montée des eaux transformera en îles ce promontoire.

  La présence de forêt sur le bord de mer peut surprendre, mais plus que le vent c’est la civilisation à la recherche de combustible qui a décimé ces bois. On remarque d’ailleurs que l’Arcoat gardera plus longtemps ses forêts que l’Armor plus peuplé.

   Les bois vont également reculer avec la montée des eaux et ses habitants sans doute quitter les îles vers la terre ferme lorsque la fosse de 30 mètres du chenal des Sept îles commencera à se remplir d’eau vers 5000 avant notre ère. A moins que, comme on le verra plus tard avec les moines, la sécurité primant, des individus décident de rester îliens. Les tombes de l’île Bono sont d’ailleurs d’une époque où la mer a déjà encerclé les îles.

   La vaste plaine au sud des Sept îles en passe d’être inondée s’arrête devant une falaise de granite rose formant le littoral actuel de Trégastel et de Ploumanac’h. Des rivières y aboutissent venant de la deuxième ligne de crête qui donnera son nom à Pen ros, la bout de la colline.

   Une anse qui se prolonge de Saint-Guirec vers Sainte-Anne à Trégastel constitue le premier abri côtier terrestre. Vers -4000 les migrants n’iront plus sans doute vers les îles, car les lieux de sépultures deviennent plus nombreux sur la côte de Trébeurden à Perros.

   Il y a 5000 ans, la mer atteint alors pendant quelques siècles un cordon littoral que l’on retrouve sur toutes les cartes y compris celles de Cassini, c’est la côte zéro des marins (limite approximative de basse mer des grandes marées actuelles).

   Le cordon littoral délimite ainsi un plateau au gradient très faible. Ce cordon littoral semble avoir protégé par une dune la tourbière littorale envahie d’eau douce par endroit comme le Quellen de Trébeurden, configuration que l’on retrouve sur toute la Bretagne côtière derrière les dunes grises formées par le sable et le vent. (Ce nom est d’ailleurs commun à toute la Bretagne puisqu’il signifie vieil étang). On trouve d’ailleurs à Trégastel au Haren l’équivalent du Quellen de Trébeurden.

  Par grandes tempêtes et grandes marées, la mer a érodé ces dunes et envahi progressivement le plateau littoral et sa forêt de chênes.

   Les tempêtes de l’hiver 2014 ont entrainé la résurgence de la forêt de chênes de la baie de Kerlavos qui visible en 1767 n’avait plus suscité d’intérêt par la suite sans doute à cause de son ensablement.

Aspect de la baie de Kerlavos en 2015

Un des troncs les mieux conservés mais vieux de 4300 ans.

Les premiers vestiges dégagés, il a été possible de faire des prélèvements valables et d’engager un processus de datation par le carbone 14 des troncs de chênes peu dégradés.

 Alignés  en général nord-sud, les racines toujours existantes face à la terre et les branches tournées vers le large, ils ont été précipités vers le sol, probablement par un même phénomène. Nous retrouvons ces chênes déracinés de la Charente à la Normandie en général alignés dans leur chute. Depuis, les tempêtes ont parfois perturbé cet ordre, mais la tendance est le parallélisme des troncs entre eux. Les Bretons ont d’ailleurs depuis des siècles tenté d’utiliser ces débris qu’ils appellent couérons (coat- raon : bois rompus)

   L’excellent état de conservation des troncs les plus proches du rivage laissait présumer que la datation donnerait une valeur relativement récente.

 Aussi la révélation de –2456 à-2201 avant JC a de quoi surprendre et remet en cause la théorie d’une montée inéluctable et constante des mers dans le Trégor depuis plus de 15 000 ans.

    A Toul Bihan (Trégastel), ces arbres sont sur une tourbière aujourd’hui surmontée par une dizaine de centimètres de sable. Cette tourbière s’étend de la baie de Sainte-Anne à Kerlavos. C’est à dire sous toutes les plages. On retrouve également ces chênes et cette configuration dans la baie de Kéraliès en Pleumeur-Bodou. Tous les stades de la dégradation de l’écorce en tourbe sont visibles dans toutes les baies.

   En extrapolant on peut penser que la baie de Saint-Michel-en-Grève, Tresmeur, et le Toëno (Trébeurden) présentaient la même tourbière liée à un ruisseau et une forêt comparable de petits chênes (leur taille ne dépasse pas 5 à 6 mètres à Kerlavos). Cette tourbière était sans doute protégée depuis des millénaires par un cordon dunaire de création éolienne.

  Compte-tenu de la quantité de glace de la dernière glaciation s’étendant jusqu’à la Manche actuelle, la fonte est volumineuse au moins pendant 6000 ans. La mer se stabilise à -87m vers 15 000 ans avant de continuer sa progression avec des paliers qui durent de 500 à 1000 ans (ces paliers sont visibles sur le fond des mers). La mer se stabilise ensuite au niveau actuel, il y a environ 5000 ans avant notre ère, mais des variations de quelques mètres amènent des transgressions dans les littoraux de faible gradient.

Mais depuis 3000 ans avant notre ère, et ce, jusqu’au début du XIXème siècle, le niveau de la mer n’a pratiquement pas bougé, n’augmentant que de 0,3 à 0,4 millimètre par an. (Ces paramètres ont fortement augmenté jusqu’à 3 millimètres depuis le début de ce siècle mais cela ne concerne pas l’époque qui nous intéresse).

    La mer atteint alors un cordon littoral que l’on retrouve sur toutes les cartes y compris celles de Cassini, c’est la côte zéro des marins (limite approximative de basse mer des grandes marées actuelles).

Le plateau repéré sur les premières cartes d’Etat major et rapporté ici par celles de Cassini

Cela explique donc que dès -500 avant JC des bouilleurs de sel s’installent sur la côte à des endroits déjà proches de la mer. Cela confirme aussi qu’il utilise une forêt abondante, à proximité, pour chauffer leur four, la mer et le bois étant alors à moins de 500 mètres.

   L’homme s’est donc implanté sur le rivage à des niveaux différents d’aujourd’hui en fonction de la présence ou non de la mer, permettant ainsi une datation plus aisée. Ces modifications géologiques ont également protégé ces traces de présence humaine.

Le menhir du Toeno à Trébeurden aujourd’hui souvent envahi par la mer