
L’arrivée de Saint-Guirec à Ploumanac’h par Clouard
Trégastel n’échappe pas à la protection de saints, mais tous ne viennent pas d’Outre-manche. On trouve en effet une frairie au nom de Saint Golgon. Dans l’évaluation des fouages de 1426, cette frairie s’appelle GOLYOU sans indication de Saint. On trouvera par la suite évoqué le nom de Saint-Gorgon chambellan de Dioclétien martyrisé en 304 à Nicomédie, aujourd’hui en Turquie. Les catholiques espagnols honorent également le même San Gorgon En fait, il semblerait que les lieux à consonance proche de Gorgon aient reçu le même nom de baptême en vue d’une christianisation globale organisée sans doute au début de la Renaissance et poursuivie par les Jésuites du temps de Louis XIII avec les missions de Michel Le Nobletz et de Julien Maunoir. On trouve en effet en France de très nombreuses chapelles ou de lieux-dits dédié à Saint-Gorgon dans le Morbihan mais aussi en Lorraine, dans les Vosges, dans le Doubs ou en Normandie. L’apport d’hypothétiques reliques du martyre sacralisait alors les lieux qui devenaient dédiés au Saint. En Bretagne, on évoque souvent le patronyme proche de Sen Cogo, obscur moine venu du pays de Galles comme Saint- Guirec. Ce qui est certain, c’est que la frairie de Golgon a commencé autour d’une fontaine bienfaitrice qui existe toujours, voisine d’un lieu de culte qui devint une chapelle de la famille des Lannion puis des Launay- Nevet.
On sait aussi que le premier grand pape, Grégoire 1er qui a aidé à l’évangélisation de la Bretagne d’outre-manche avait pour principe de ne pas détruire les temples, mais seulement les idoles. L’apport de reliques des premiers martyres permettait de sacraliser dans le catholicisme les lieux déjà empreints de spiritualité et cela dès l’an 600, c’est à dire bien avant les jésuites de la Renaissance,

Trajets maritimes des invasions des premiers siècles vers le Léon et le Trégor
Un autre moine a sans doute aussi marqué l’histoire de Trégastel. Il s’agit de Saint-Lavant dont ont trouve les traces dans des chapelles encore existantes comme à Plounevez-Moëdec ou au Yaudet. Lavant ou Lavet aurait accompagné Guirec vers l’an 500 depuis Llanildut au pays de Galles avec Tugdual. La chapelle Saint-Laurent au bourg pourrait bien être l’ermitage primitif de ce moine de passage à Trégastel vers le 6ème siècle avec une lègère mutation de patronyme, comme dans le cas de Golgon. On parle aussi dans la Région d’un Saint ION ou UHON qui aurait pu avoir un monastère (Lann) propice à la création de Lannuon. L’historien Léon Dubreuil associe d’ailleurs ce saint à la chapelle Saint Laurent qui sera plus tard supposée être la chapelle funéraire des Lannion alors possessionnés de chaque côté de cette fontaine au bourg (voir Chapitre:la renaissance)
Un autre Saint a été vénéré à Trégastel, il s’agit d’Evezec qui aurait eu une chapelle aujourd’hui disparue à l’emplacement du lieu dit ‘’les vignes’’ près du hameau de Goas gwen.
Si la saga de l’arrivée des saints est révélatrice des échanges trans-manche, elle représente la partie émergée de l’iceberg car durant des siècles nos ancêtres n’ont pas hésité à traverser la Manche, même avec des embarcations rudimentaires.
Certes, l’invasion barbare anglo-saxonne à partir du IIIème siècle va sans doute accroître le nombre des départs de Cornouailles et du Pays de Galles vers nos côtes mais ceux-ci ont été facilités par des implantations plus anciennes entre des peuples de même culture et de langue voisine. Rappelons que le breton actuel est encore très proche du gaélique ou du parler des Îles Hébrides en Ecosse.
L’émigration va transformer le nom d’Armorique en Bretagne mineure puis Bretagne tout court et apporter un développement du peuplement de la région dans cette période sans doute très riche en échanges maritimes mais dont nous ne possédons pas d’écrits. Trégastel, comme les ports de la région ont dû bénéficier de ce trafic sur des bateaux dont nous possédons les traces. Ils étaient de deux types : l’un était en bois très robuste, sorte de Dundee futur, dont l’un des vestiges a été retrouvé dans les boues de la Tamise, l’autre était le Curragh d’origine irlandaise en peau d’animal huilé recouvrant des membrures de bois que l’on retrouve encore aujourd’hui aux îles d’Aran.

Bateau de la protohistoire et le Curragh
La légende qui veut que ces moines naviguaient dans des auges en pierre, vient du fait que le ballast ou le pied de mat des embarcations pouvait être en granit.
Ces auges permettaient également de faire des feux à l’intérieur des bateaux pour cuire la nourriture ou simplement pour transporter le feu lui-même.
S’il ne reste pas d’écrits de cette période, il ne reste pas plus de vestiges, ni de constructions en dur puisque les Celto-romains devenus Bretons semblent avoir régressé dans la construction des édifices et seule la base des habitations est en pierre. Cette pauvreté architecturale perdurera jusqu’aux premières chapelles et manoirs du Xème siècle.L’habitat des premières mottes féodales est d’ailleurs en bois. On peut penser que les habitations comme celles retrouvées à Servel pouvaient être constituées de longues huttes collectives en torchis et bois.
Dans ces chaos de rochers (comme dans la vallée des Traouiero), à l’abri des vents, on peut penser que les premiers Trégastellois furent souvent troglodytes comme l’indique la persistance de certaines habitations sous roches jusqu’au XXème siècle qu’on examinera plus tard.
On peut aussi imaginer à Trégastel sur le site de Kerlavos, un village plus traditionnel avec sa palissade de protection, dans le prolongement des fours à sel et fortement marqué par une patronymie armoricaine ancienne dans ses parcelles.

Village qui sera sans doute le précurseur d’une motte castrale qui laissera dans le cadastre de 1793 une physionomie particulièrement reconnaissable de ce type d’enclos (voir chapitre précédent). Cette motte probable prendra le nom de Cosquer.
A la même période, au début du 9ème siècle, on trouve à Pleumeur-Bodou le même exemple à Coat ar Salle ou Kermoroch près de Bégard
Coat ar salle Kermoroc’h



