Chapitre 3 :La période celte puis romaine

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   A l’âge du bronze, les cimetières se situent vers le Castel Menguy et à Ti Newis où on a trouvé des urnes funéraires et surtout à l’emplacement de la future chapelle Sainte-Anne où se trouvait la stèle gauloise initialement.

Urne de Ti Newis

La stèle osisme et ses gravures vers 1950

  Par la présence de cette stèle sculptée, nous avons la certitude que Trégastel fut habitée par une tribu celte évoluée durant les premiers siècles avant notre ère. Les pièces les plus couramment sont des statères osismes trouvées comme à Ploumanac’h.

 Ainsi Trégastel comme l’ensemble de la Bretagne a été occupé au moins dès le 5ème siècle avant J-C par des tribus celtes qui issues d’Europe centrale avaient suivi la course du soleil pour finir finalement à l’Ouest du continent. Leur nom d’Osismes est sans doute d’ailleurs lié à leur position occidentale.

Contrairement aux Armoricains qui enterraient leurs morts sous des allées couvertes appelées Lia ou dolmens en breton moderne, les Celtes les incinéraient et marquaient l’emplacement du champ d’urnes par une stèle appelée peulven (pilier de pierre) à ne pas confondre avec les menhirs érigés 2000 ans plus tôt. L’existence de cette stèle gravée à Trégastel prouve l’importance de la population osisme dans ce lieu.

   Leur connaissance de la métallurgie du bronze et du fer donnait à cette civilisation un avantage, même sur les romains qui enviaient la solidité de leurs armes. En comparant la qualité et le dessin des pièces de chaque tribu, on remarque qu’il existait alors déjà une unité monétaire européenne de la Belgique à la Bretagne. Ces statères généralement en électrum (mélange d’argent et d’étain) ont autant de similarité entre eux que les Euros aujourd’hui. Ils sont tous des copies du statère de Philippe II de Macédoine le grand père D’Alexandre le Grand dans l’armée duquel les mercenaires celtes étaient sans doute nombreux.

 Les Celtes étant des terriens à l’origine, ils ont choisi d’ériger les capitales des tribus loin des côtes, comme à Courseul pour les Curiosolites et à Carhaix pour les Osismes. Mais rapidement en découvrant comme les Vénètes à Vannes l’intérêt de la mer, ils vont installer des ports dans les anses bien abritées ou les abers de Bretagne. Les Osismes de Carhaix choisiront le futur Brest, mais aussi Le Yaudet et Ploumanac’h et les Curiosolites de Courseul prendront le site d’Aleth (Saint-Malo).

Curiosolite (Courseul)  et cidessous  Parisii ( Lutèce),

Vénètes,( Vannes) Osismes  ( Vorgium)                        

                                              et

      Type de pièces Osismes trouvées dans le port de Ploumanach –Trégastel (de l’époque vers -70 avant JC)

    Les éperons seront privilégiés pour une défense naturelle en barrant simplement la partie continentale par un rempart ou un fossé. Les romains et leur accompagnateurs bretons ( plus que mercenaires!) continueront ces œuvres lorsque chassés de Grande-Bretagne par les barbares, ils viendront se réfugier dans ce qui va devenir la Bretagne en cohabitant pacifiquement avec les celtes qui constituaient déjà en Grande-Bretagne le gros de leur troupe ( brittons et gallois).

 En comparant ces éperons barrés du château de Brest, d’Aleth, d’Erquy, du Yaudet, de Ploumanach on note une grande similitude d’emploi de ces défenses naturelles qui pourrait indiquer que Coz-kastel en faisait partie.

       Aleth (Saint-malo)         

                               

    Erquy

            Le Yaudet                                                

   La Bastille à Ploumanach

                                           Coz-kastel en Trégastel

   On remarque que des sanctuaires encore existants aujourd’hui sont associées très tôt à ces défenses, prouvant la spiritualité des occupants. A Trégastel, ce lieu situé sans doute à l’emplacement de la chapelle Sainte-Anne sera également le point d’implantation de Langastel (monastère du château), vers le 4ème ou le 5ème siècle avec l’arrivée des premiers chrétiens venant d’Outre-manche. Des sépultures ont également été retrouvées près de cette chapelle primitive. On peut penser néanmoins qu’au centre de Coz-Castel, les restes trouvés lors d’une construction en 1947 correspondaient à des tombes de l’époque celto- romaine associée à une petite garnison au panorama (Castellicum ?).

   En effet, l’importance avérée du Yaudet aux premiers siècle avant et après J-C permet de penser que ses occupants ont entretenu des relations avec les hameaux de la côte en particuliers ceux apportant un atout défensif ou économique (sel et poissons). Les restes de voies antiques corroborent cette hypothèse.

Piéce de l’Empereur Hadrien retrouvée à Trégastel (époque120 après JC) à Poul Fich

Le maillage des voies antiques partant du Yaudet vers les hameaux de la côte

 La voie antique au départ de la porte maritime du Yaudet

               Les substructions celto-romaines du talus terroyé de Ploumanach

       Un exemple de l’utilisation des chaos granitique pour en faire des oppidums

       Cucuruzzu en Corse du sud (époque romaine)

                                                   Un mur de la Bastille de Ploumanac’h

  Coz-castel avant le début des constructions modernes (face est)             

                  La vigie naturelle de Coz-castel aujourd’hui appelé Roi Gradlon

   Si quelques substructions du premier siècle attestent une présence celto-romaine sur la côte, c’est au niveau de l’économie locale que les signes de civilisation sont les plus probants. En effet les bouilleurs de sel vont laisser leurs empreintes sur tout le littoral breton et en particulier sur la côte de Granit rose.

Les emplacements connus de la production du sel en Bretagne au premier siècle de notre ère

     Les sites reconnus autour de Trégastel          l                                                                              

                                           Les godets de recueil du sel              

la campagne de fouilles à Enezvihan      1995                                                                              

La reconstitution grandeur nature au village gaulois de Pleumeur-bodou

                     Un boudin de soutien des godets trouvé à Kerlavos en 2008

 Une anse d’un vase pouvant contenir la saumure trouvée à Kerlavos en 2008

Le site du Coz-ker dans la baie de Kerlavos: les parcelles utilisées au néolithique (violet)  le site des fours à sel (rouge) 

Au centre de ces emplacements de fours à sel, le hameau de Bringwiller est sans doute l’aboutissement d’une voie ancienne articulée autour du marché du sel.

 Connue parfois sous le nom de voie romaine, à la limite des deux communes de Trégastel et de Pleumeur-Bodou, cette voie vicinale est bien repérée aujourd’hui encore par un chemin de randonnée du dolmen de Kerguntuil, autre lieu caractéristique de l’histoire locale jusqu’au hameau de Bringwiller (Bren Guiller : la colline du village) à forte toponymie latine. Ce hameau toujours vivant se trouve au centre de l’exploitation des quatre fours à sel du premier siècle ; certains y ont vu un petit centre commercial de la vente du sel avec une voie économique qui pourrait aboutir à Servel en face du Yaudet, mais cela n’est pas le propos de cette étude. Pour certifier les origines de cette voie ancienne, il était important de trouver d’autres vestiges de signalisation, comme une borne.

Points noir : Four à sel O : borne        En noir : voie ancienne

Une colonne de 50cm utilisée comme billot à bois dans la ferme de Poul Bren (la mare de la colline) à proximité de Bringwiller pourrait apporter un premier indice de l’authenticité de cette voie.

La voie ancienne en 1793(en noir), limite des deux communes (toujours signalé en chemin de randonnées aujourd’hui. Au centre la butte du moulin de Kerlavos. A droite les restes de l’enclos de la motte féodale du Cosker

  

   On peut estimer que l’exploitation des fours à sel va continuer pendant la période concomitante avec l’occupation romaine, c’est à dire jusqu’au troisième siècle. La Pax romana semble avoir favorisé par sa quiétude, le développement de la sédentarisation et donc des industries locales et des constructions

Par contre, la période des grandes invasions va entrainer une dégradation de civilisation et laisser très peu de vestiges. Les habitations en pierre vont disparaître et les grands sites funéraires seront abandonnés voire pillés. C’est aussi à cette époque que les enfouissements de trésors sont les plus nombreux.

On remarque que mêmes les grandes villes celto-romaines comme Courseul et Vorgium vont, à partir du troisième siècle, être transformées de larges cités ouvertes en réduits fortifiés. On peut penser qu’à Trégastel, il en est de même et que les rivages vont commencer à se désertifier et des fortifications primitives apparaître. Si Coz-castel n’était alors que rudimentaire, il a dû à cette période prendre un aspect plus défensif. D’autant plus que celle-ci coïncide avec l’arrivée des émigrants bretons confrontés à la même instabilité de l’Empire romain Outre-manche. Issus du même Empire, partageant depuis plus de trois siècles les mêmes lois et la culture romaine, les habitants de l’Armorique semblent avoir absorbé pacifiquement les nouveaux arrivants bretons qui parlent d’ailleurs sans doute une langue proche de la leur, s’ils ne parlent pas latin. Le même empereur, Constantin qui règne au nord comme au sud de la Manche est par ailleurs devenu chrétien. Ce sera donc pour fuir l’extermination par les barbares païens que les Bretons vont partir vers l’Armorique et avec eux, quelques moines surtout du Pays de Galles qui vont être à la base de la saga des Saint- fondateurs. Le monastère de Llanildut au sud du Pays de Galles sera le berceau de Tugdual, Pol et peut-être Guirec, mais la vie des Saints bretons écrite des siècles plus tard est sujette à caution.

BIBLIOTHEQUE DES PASSEURS DE MEMOIRE DE TREGASTEL ET DE SES ENVIRONS