BALADE GEOLOGIQUE A TREGASTEL

Présentation du document

C’est une description succincte de ce que l’on peut découvrir au cours de la balade limitée à un bout de Trégastel.

D’autre part, pour faciliter la lecture de ce document la description des photos reste succincte. Dans les Annexes vous trouverez des explications plus développées. Mais tout cela reste à un niveau très accessibles aux non géologues !

 Granit ;

 

  • Le Granite avec « e » représente la roche d’un point de vue géologique – le granite est une roche composée essentiellement des minéraux : quartz, feldspaths, micas, dans des proportions qui varient d’un granite à l’autre et que l’on retrouve dans un massif bien délimité.
  • Le Granit sans « e » : terme utilisé pour définir un matériau qui peut être poli ou taillé, il provient d’une roche à structure grenue (cristaux visibles), quelle que soit son origine – magmatique (granite), sédimentaire (calcaire – le « Petit Granit des Ardennes » est un calcaire) – une sculpture en granit, une maison en granit, etc.
  • Le mot « Granite« , provient du latin « granum » – grain ; le granite est une roche grenue formée de l’assemblage de cristaux de différents minéraux.

 

 

 

Partie 1 – les points visités

Un chaos granitique :

 

 Castel Menguy, un chaos charactéristique avec sa boule et son cimetière osisme

Chaos du Massif de Ploumanac’h vu de la Baie Sainte-Anne au soleil couchant

Le site géologique de Trégastel appartient au Massif Granitique de Ploumanac’h, âgé de 305 millions d’années environ pour les granites de « La Clarté » les plus anciens. Les granites de « l’Île Grande », les plus récents sont âgés de 295 millions d’années.

Il s’est formé par cristallisation de plusieurs magmas dans une chambre magmatique située à l’intérieur de la croûte continentale, à une profondeur de 6 à 8 000 mètres.

Aujourd’hui, devant nous, on observe un chaos granitique obtenu après élimination des reliefs situés au-dessus de cette chambre magmatique, soit 6 à 8 000 mètres en 300 millions d’années équivalent à une érosion de 20 à 30 millimètres par millénaire, c’est une moyenne ! L’érosion est d’autant plus importante que le relief est élevé.

La particularité de ce Massif est de présenter deux roches magmatiques issues de la cristallisation conjointe de deux magmas d’origines différentes comme on peut le constater sur cette photo de la Baie Sainte-Anne :

  • Le Granite rose, sous le phare, provient d’un magma issu de la fusion de roches de la croûte continentale,
  • Le Gabbro, au premier plan, provient d’un magma issu de la fusion de roches du manteau.

Ces magmas se sont parfois mélangés, ils ont cristallisé en roches bien différenciées (granite et gabbro) et en roches plus ou moins contaminées, avec des teintes variables du rouge plus ou moins sombre au noir pur,selon le taux de mélange des magmas. Ces roches hybrides peuvent être observées près de l’Île de Seigle et l’Île aux Lapins.

La présence de ces deux magmas au même moment dans la même poche magmatique est à l’origine de phénomènes géologiques remarquables.

Définitions :

Roche : « tout matériau, consolidé ou non, constitutif de la Terre, à l’exclusion des sols et des êtres vivants, formé d’un agrégat de minéraux et présentant une homogénéité de composition » (Larousse).

Magma ; liquide obtenu par fusion de roches soumises à des variations de températures et de pression.

Voir Annexes

 

 

Le granite –4 minéraux majeurs :

Echantillon de granite rose du Massif de Ploumanac’h.

Les minéraux principaux que l’on retrouve dans le Granite sont le mica noir (biotite), le feldspath calco-sodique blanc (plagioclase), le feldspath potassique rose (orthose) et le quartz, gris et opaque sur la photo.

Le mica noir (biotite) se distingue par sa couleur noire, les cristaux sont disposés en feuillets, il est fragile, il se raye facilement. Le nom vient du latin « mica » qui signifie « miette« .

Le feldspath calco-sodique (plagioclase) est de couleur blanche.

Le feldspath potassique (orthose) est coloré en rose par un oxyde de fer (hématite) qui s’insèrent dans la maille cristalline du feldspath. Il reste blanc quand le fer est absent (voir granite de Plouaret – Côtes d’Armpr).

Le quartz, gris et opaque, c’est de la silice pure.

Remarque :un processus d’altération de l’échantillon était en cours sur la photo présentée, c’est pourquoi les cristaux sont bien visibles, distincts les uns des autres. L’altération des roches se fait toujours plus agressive au niveau des joints inter-cristaux

Rappel : différence entre minéral et cristal :

  • Le minéral désigne un corps chimique, la silice (SiO2) est un minéral constitué de silicium et d’oxygène.
  • Le cristal est une représentation physique solide du minéral,un minéral peut présenter plusieurs types de cristaux en fonction de la température et de la pression auxquelles s’effectue la cristallisation.
  • Il existe un granit rose  particulier à Trégastel dit granit vert ou violet. Il constitue l’origine des 52 cénotaphes de l’ossuaire de Douamont, fournis par la carrière Etienne des Traouiero dès 1920.

Voir Annexes

Le Gabbro – 3-4 minéraux majeurs ;

Gabbro de la Baie Sainte Anne

Le gabbro est présent en grande quantité à Trégastel, à l’emplacement de la Baie Sainte-Anne, à l’intérieur du massif, le magma correspondant est monté après le magma qui a donné le granite de La Clarté.

Les minéraux principaux que l’on retrouve dans le Gabbro sont le mica noir (biotite), les 2 pyroxènes noirs et verts sombres et le feldspath calco-sodique (plagioclase) blanc.

Le quartz est absent du gabbro, toute la silice qu’il y avait dans le magma a été mobilisée par la cristallisation des minéraux qui ont cristallisés en premier.

Les cristaux sont petits et moins bien formés, la cristallisation a été plus rapide.

Le gabbro peut chanter suivant certains équilibres entre les roches comme à Poul Palud

 

Création d’un chaos – les différentes étapes– altération et érosion:

 

Evolution du pluton granitique depuis sa formation dans la chambre magmatique jusqu’à aujourd’hui quand il est mis au jour, porté à nos regards – rochers situés à l’extrémité est de la presqu’île Renote.

 

  • Figure A :

Des fissures se sont développées pendant la cristallisation du magmaalors que la température baissait dans la chambre magmatique, ce sont des fentes de retrait que l’on nomme ‘’diaclases’’.

Ces fentes sont d’autant plus espacées les unes des autres que la cristallisation s’est effectuée lentement, ces rochers sont des granites à gros grains.

  • Figure B :

Quand les roches arrivent à proximité du sol, elles subissent l’agression d’éléments chimiques, contenus dans les sols, qui détruisent la cohésion de la roche.

L’eau de pluie, en percolant dans le sol, se charge de ces acides avant d’atteindre la roche saine et pénétrer à l’intérieur du massif rocheux par les fissures (diaclases) générées pendant la cristallisation.

On assiste alors à l’altération de la roche qui se décompose en arène granitique, mélange de cristaux de quartz inaltérés, de cristaux de feldspaths non totalement altérés et d’argile.

Les chaos rocheux sont toujours constitués de blocs arrondis et non anguleux, car l’altération est plus « efficace » dans les angles (surface plus importante).

Dans ce coin de Bretagne, l’arène granitique est appelée « péré » ou « perré« ?

  • Figure C :

L’érosion se poursuivant, le sol qui recouvre les rochers disparait, l’arène granitique est transportée, roulée par les eaux pluviales puis fluviales jusqu’à la mer, elle devient le sable que l’on retrouve dans les rivières et sur les plages.

Seuls, les rochers qui forment le Chaos granitique restent en relief, ce sont des blocs rocheux de grandes dimensions.

Voir Annexes

 

Processus d’altération de la roche en place :

Sur le chemin des douaniers entre le Coz Pors et la Grève Blanche

Sous nos yeux se déroule le phénomène d’altération du granite qui se passe habituellement sous terre.

  • En bas de la photo, on observe la roche mère encore saine, seulement altérée en surface.
  • En haut, le sol de couleur sombre couvert de végétation, posé sur une couche de lœss.
  • Entre les deux, se trouvent différentes couches dont les courbes suivent le rocher nu de la base, c’est ce qui reste du rocher à différents niveaux d’altération

 

Sur une photo agrandie de cette partie, en allant du bas vers le haut, on remarque que :

  • La granulométrie est de plus en plus fine.
  • L’argile est en quantité de plus en plus importante, l’argile est le résultat de l’altération chimique des feldspaths et des micas.
  • Les cristaux sont de plus en plus arrondis.

Tout cela est dû au fait que les couches du haut sont restées plus longtemps soumises aux agents agressifs transportés par l’eau infiltrée dans le sol.

A la surface on retrouve le sol couvert de plantes, au-dessus d’une couche de lœss que les vents soufflant du nord ont déposée sur les reliefs du nord Bretagne, pendant la dernière période glaciaire (entre -100 000 et -10 000 ans environ), il a été déposé directement sur le rocher, le chaos rocheux existait donc déjà à cette époque.

Quand le sol aura disparu, le bloc se retrouvera à nu et avec ses voisins il constituera un chaos rocheux.

Voir Annexes.

 

 

Chaos en cours de fabrication :

La lande à Ploumanac’h

Les genêts, les ajoncs, les arbres recouvrent le granite rose. La végétation n’a pas entièrement disparu et là où elle subsiste, l’altération se poursuit. Quand le sol aura disparu, cet endroit sera devenu un chaos rocheux.

 

 

 

Encoche de pédogenèse – une figure d’altération

Les mêmes rochers à l’est de la presqu’ile Renote

Sur les trois rochers du milieu de la photo, on découvre une encoche à la base de ceux-ci.

Cette encoche s’est faite quand le sol (chargé des acides humiques) affleurait à ce niveau, les rochers ont été attaqués selon le processus d’altération décrit ci-dessus.

Quand le sol a disparu, il ne reste que les encoches, dites de « pédogenèse », car leur formation est due la présence du sol à cet endroit.

La pédogenèse est l’ensemble des processus physiques, chimiques et biologiques responsables de la transformation au cours du temps d’une roche-mère en sol, puis de l’évolution de ce sol.

 

 

Cuvette d’altération – une figure d’altération

Cuvette d’altération

Cette cuvette est le résultat de l’altération d’un rocher situé en dehors de l’estran (situé au-dessus du niveau des plus hautes mers) mais assez proche de celle-ci pour recevoir les embruns d’eau salée pendant les tempêtes.

Les embruns chargés des éléments chimiques dissous dans l’eau de mer se déposent sur la roche. Cette eau va séjourner plus longtemps aux endroits où la roche présente des aspérités ou petites fractures susceptibles de retenir l’eau.

Après évaporation, les éléments chimiques(essentiellement acides) en solution vont rester en place. La concentration en ces éléments va augmenter au fur et à mesure des cycles humidification/évaporation, et rendre les solutions d’autant plus agressives.

Alors commence un processus d’altérations comme celui décrit dans le chapitre précèdent, la seule différence réside dans la nature des acides, biologique pour l’unminéral pour l’autre.

Quand la cuvette est pleine d’eau, la cuvette, riche en éléments chimiques agressifs, va déborder par le point le plus bas de son pourtour, et ensuite, à partir de ce point va se développer une rigole d’écoulement.

Filons d’aplite

Filon visible à l’est du vieux Coz Pors

Un filon est formé quand de la matière fluide, ici du magma, remplit une fissure et refroidit en une nouvelle roche différente de la roche hôte. Différente par la nature de la matière injectée, compositiontrès souvent différente, type de cristallisation, etc.

Alors que la plus grande partie de la chambre magmatique avait cristallisé, du magma encore disponible et suffisamment fluide s’est introduit dans l’espace ainsi dégagé, il a ensuite cristallisé rapidement, les cristaux de la roche ne sont pas visibles.

On peut observer que la fissure a rejoué plusieurs fois, avecnouvelle injection de magma à chaque fois.

On remarque que les filons sont de deux natures, un de couleur rose qui correspond au magma de même origine que le granite de Ploumanac’h, un de couleur plus sombre qui correspond à un magma granitique plus ou moins mélangé à un magma d’origine mantellique.

Une question : Dans quel ordre sont-ils apparus ?

La roche de couleur rose est une roche filonienne appelée aplite de Trégastel, utilisée comme matériau de construction, on la retrouve très souvent dans les murs qui clôturent certaines propriétés.

Généralement rectiligne, ici le filon présente une forme courbe, témoin des mouvements internes générés lors de la montée et de la mise en place du magma dans la chambre magmatique.

 

 

 

 

 

 

 

Le Massif de Ploumanac’h

Le complexe granitique de Ploumanac’h
Carte géologique modifiée d’après Barrière (1977) 

LeMassif Granitique de Ploumanac’hs’étend sur 12 km d’Est en Ouest, de la Clarté jusqu’à Trébeurden au Nord-Est de la baie de Lannion, et sur 8 km du Nord au Sud. Le territoire couvert par Trégastel est approximativement délimité par le triangle.

Ce que l’on observe aujourd’hui est ce qu’il reste d’un évènement géologique qui s’est produit sous terre, à l’intérieur de la croûte continentale, à une profondeur de 6 à 8 000 mètres, il y a 300 millions d’années – une chambre magmatique cristallisée et mise à découvert par le travail de l’érosion qui a raboté les reliefs sous lesquels le pluton s’est formé.

On remarque sur cette carte géologique simplifiée du Massif de Ploumanac’h, plusieurs zones plus ou moins concentriques qui vont du rouge à l’extérieur au mauve à l’intérieur.

  • D’abord, à la périphérie, une zone externe, « rouge », qui correspond à une première série de magmas à s’être introduits dans la croûte continentale pour former une poche ou chambre magmatique. En refroidissant, ils ont donné des granites à gros grains,

On peut distinguer dans cette couronne :

o   Une partie externe, le granite de la Clarté, les cristaux sont moyens et pas très bien formé.

o   Une partie interne, le granite des Traouïero,les cristaux sont plus grands et bien formés, à Trégastel il occupe la plus grande surface des granites présents.

  • Ensuite, une zone intermédiaire, « rose », qui correspond à une deuxième mise en place de magmas dans la chambre. Ces magmas ont refroidi plus rapidement, ils ont donc donné des granites à grains plus fins. On les rencontre surtout à Pleumeur-Bodou, à Trébeurden et dans la partie Sud-ouest de Trégastel.
  • En dernier, une zone interne, « mauve », qui correspond à une troisième mise en place de magmas, d’origine totalement différente de celles des deux autres. Ces magmas ont refroidi rapidement, ils ont donc donné des granites à grains fins. On les observe aujourd’hui sur le territoire de l’Île Grande.
  • D’autre part, une zone « verte », localisée sur le site de Trégastel qui correspond à une roche provenant d’un magma d’origine mantellique (provenant de roches issues du manteau). Celui-ci est monté avec les magmas granitiques lors de la première mise en place.

Ce magma mantellique, après cristallisation complète, a donné le gabbro (roche plutonique). Le gabbro affleure dans sa presque totalité sur le territoire de Trégastel.

  • La zone restée en blanc sont des formations sédimentaires récentes, sables, graviers, alluvion fluviatiles, dunes, etc.

Le lœss :

Le lœss du nord Bretagne date de la dernière période glaciaire âgée de -100 000 à -10 000 ans, (les dates exactes varient avec les auteurs), le nord du globe terrestre était alors recouvert de glaces formant un inlandsis qui pouvait atteindre 3 km d’épaisseur.

Le lœss, sédiment éolien, est formé de particules très fines (taille entre 10 et 50 microns) et composé essentiellement de silice, carbonate de calcium, et argile (en moindre quantité). Il est essentiellement produit par l’érosion due au déplacement des glaciers sur les roches de la croûte continentale.

Les éléments les plus fins sont repris par les eaux qui circulent continuellement en-dessous et les transportent en dehors du glacier, elles sont ensuite collectées et conduites jusqu’à l’océan par les fleuves.

La Manche à cette époque était » à sec », la quantité d’eau mobilisée par les glaciers était telle que le niveau des mers était plus bas de 120 mètres par rapport à celui d’aujourd’hui, la profondeur maximale de la Manche n’atteint pas les 100 mètres. La Manche était la vallée du fleuve Manche qui avait pour affluents les rivières Rhin, Tamise et Seine et autres plus petites.La partie occidentale est un grand delta où reposent les sédiments arrachés par les glaciers. Et il ne faut pas oublier le limon déposé par les fleuves lors des inondations pendant les périodes pluvieuses.

D’autre part, la Manche, au secondaire est un prolongement du bassin parisien calcaire, c’est la raison pour laquelle, on retrouve beaucoup de sites de taille de silex sur la côte nord de la Bretagne, Les hommes de cette époque savaient y trouver le silex dont ils avaient besoin pour fabriquer leurs outils.

A cette époque, des vents violents ou vents catabatiques soufflent du nord, froid où règnent des hautes pressions vers le sud, plus chaud et de basses pressions. Ilsbalaient les fonds de la Manche recouverts de sédiments et de roches calcaires et se chargent ainsi de fines particules qu’ils déposent sur les reliefs du nord Bretagne. Ce sédiment éolien est le lœss, mélange de silice et de calcaire et d’argile qui donne des sols très fertiles.

C’est ainsi que l’on a donné en 1880le nom deceinture doréeau nord de la Bretagne. Il y a deux raisons pour cela :

  • C’est une région au sol riche grâce au lœss présent sur cette zone et au climat clément dû à la présence d’une dérivation du Gulf Stream qui remonte vers la Baltique. Elle est réputée pour ses cultures de légumes, artichauds, choux-fleurs, oignons, pommes de terre, etc…
  • D’autre part à cette époque, la mer fournissait les algues qui sont de bons engrais, et le maerl (algues riches en calcaire) qui est un très bon amendement pour les sols acides de Bretagne, riches en silice.